Babordages

Pendant qu'ils ne cherchaient pas d'alternative, nous pensions à un #PlanB.

Tumeur au cerveau

Publié le par dans avec 1 avis

Lors des précédents épisodes du #LeFeuilleton, j’ai souvent fait référence au monarchisme latent des Français.

Car, comme jadis, on continue à élire un homme providentiel (moi je n’ai voté que pour des femmes, c’est te dire si je suis dans le coup), sur lequel on projette des pouvoirs surnaturels et qui ne peut donc que décevoir, car il n’est ni Roi-Soleil, ni Super-Dupont, pas même Jack Bauer.

Pire, il est incompétent, comme la grande majorité des illustres émanations de nos élites incompétentes. Attention, je n’ai pas dit que nos élites étaient toutes pourries, ni stupides, ni bêtes ni méchantes. J’ai dit incompétentes, dans le sens où je serais incompétent pour t’ôter une tumeur au cerveau. Je n’ai pas les aptitudes et connaissances requises.

Réfléchis un instant : même nos plus fringants cinquantenaires ont appris à gérer l’État à une époque à peine mondialisée, à peine informatisée, durant laquelle l’écologie était une lubie de vieux babas qui fleuraient le fromage de brebis, une époque (bénie ?) où il n’y avait que deux ou trois chaînes de télévision.

En d’autres termes, ils ont appris à gérer un monde qui n’existe plus.

Chemin faisant, nos élites ont certes appris à réfléchir et disposent des compétences techniques et/ou intellectuelles nécessaires pour s’adapter. Malheureusement, leur éducation (et leur élection) leur inculque une telle confiance en elles-mêmes, une telle croyance en leur infaillibilité, qu’elles manquent cruellement d’humilité, n’ont pas pour habitude de se remettre en question, et encore moins d’être à l’écoute d’autrui, surtout si l’autrui est subalterne et porte la contradiction. Si tu as déjà côtoyé des énarques, leur assurance à toute épreuve est aussi impressionnante que fascinante.

La véritable faillite de nos élites ne réside donc pas dans leur incompétence, mais dans leur royale incapacité à la reconnaître, à l’admettre et à s’adapter en conséquence.

Tu noteras au passage, même si c’est dur à accepter, qu’elles ne sont pas forcément plus compétentes que toi ou moi pour gérer le monde d’aujourd’hui. Rends-toi compte : Sarkozy ne savait pas se servir d’un ordinateur (même s’il s’est mis au zipade), alors comment pouvait-il comprendre et penser les enjeux d’un monde interconnecté, dématérialisé, virtualisé ?

Enfin, pour couronner le tout, elles n’ont plus qu’un croupion de pouvoir, puisqu’elles l’ont délégué à la sphère privée et à l’Europe. Paradoxalement, c’est à la fois ce qui révèle leur nudité, et ce qui rend, inconsciemment, leur aura monarchique si précieuse à leurs yeux et sans doute aux nôtres, car c’est à peu près tout ce qu’il leur reste pour commander un peu de respect.

Imperturbables, elles continuent donc à asséner leurs nobles discours, aussi volontaristes que déconnectés du réel.

Et on (enfin surtout toi) continue à les élire.

On nage en plein délire.

Prenons un exemple concret : l’emploi. Nos élites monarchiques raisonnent comme si le plein emploi n’était pas une chose révolue. Évidemment, elles ne doivent pas souvent se servir d’un distributeur automatique de billets, d’une borne automatique au cinéma, d’une caisse automatique dans un parking ou un supermarché, d’une borne RATP ou SNCF, et encore moins d’un ordinateur pour acheter des livres électroniques, de la musique ou des films au format numérique, pour réserver des billets de train ou d’avion ou des chambres d’hôtel, ni pour pointer à Pôle Emploi ou pour remplir leur déclaration d’impôts, pas plus qu’elles ne prennent des rames de métro automatiques, j’en passe et des meilleures. Sinon, elles auraient peut-être noté que chaque fois que la sphère privée peut exclure l’humain de l’équation, elle se précipite, car les humains, ça fait des erreurs, ça tombe malade ou pire, enceinte, ça rouspète, ça se syndique, ça fait des dépressions nerveuses, ça se suicide et ça coûte les yeux de la tête. Bref, ça fait chier, les humains.

Non, se moquant souverainement de telles considérations, nos élites continuent à nous promettre la fin de la crise, l’inversion de la courbe du chômage et le retour au plein emploi dès que la croissance sera revenue (peu importe que lorsqu’elle daigne montrer furtivement son joli minois, la croissance crée de moins en moins d’emplois). Elles nous expliquent même qu’on doit cotiser plus longtemps pour nos retraites alors que les vieux, pardon, les séniors sont déjà exclus du marché du travail longtemps avant de pouvoir y partir, à la retraite.

Bref, je me répète, mais on nage en plein délire.

Et on (enfin surtout toi) continue à les élire.

Et pourtant, les sondages nous disent que léfrancé font davantage confiance aux entreprises qu’aux politiques pour mener les affaires du pays. Faut dire que les politiques font tout pour nous en convaincre ! Choisir entre la peste aristocratique, déconnectée et incompétente ou le choléra branché et efficace, même si c’est en prédation et en suppression d’humains des équations, spa facile. Notre cœur balance. Tu m’étonnes que les sondages disent aussi que léfrancé sont déprimés.

Alors certes, il y a toujours moyen de faire pire et d’élire des gens encore plus rétrogrades. Mais il y a aussi moyen de faire…mieux.

Oui, on peut se dire qu’on vit une époque terrifiante et voter pour les marchands de peur, par connerie, par colère ou par nihilisme, ou se fourrer la tête dans le sable et voter pour nos monarques-énarques maréchaux-ferrants de droite ou de groite aux certitudes lénifiantes d’un autre âge. Ou on peut se dire qu’on a la chance de vivre un grand tournant de l’Histoire qui nous force à tout repenser de A à Z, jusqu’aux fondements mêmes de notre civilisation et jusqu’au sens même de l’existence, et donc agir avec et voter pour ceux qui ont la lucidité et l’honnêteté d’admettre leurs incompétences, qui savent ce qu’ils ne savent pas, qui n’ont que des débuts de gribouillages de PlanB, mais qui démontrent qu’ils ont au moins compris que le business as usual n’est tout simplement plus une option viable, et qu’il faut opérer un virage sur les chapeaux de roues, et que ça peut même être grisant, même si, ou plutôt parce que cette approche est aux antipodes du monarchisme.

Avec toi ?

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À propos de sknob

Franglophone songwriter, cartoonist, translator, geek, #ronchonchon. VieuxSage, déjà blogueur au XXe siècle, je ne supporte ni l'injustice, ni la mauvaise foi, ni les gens qui réfléchissent avec le cerveau d’autrui, ni les betteraves. En revanche, j'ai un peu le melon depuis que j'ai publié un billet sur le blog de Paul Jorion. Mes camarades m'ont à l'œil.

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Un avis “Tumeur au cerveau

  1. petit écran de fumée

    Oui les humains, la sphère privée s’en débarrasse, pour une bonne raison : ils sont désormais moins qualifiés que les machines qui les remplacent.

    D’où la super idée de nos monarques : les humains doivent devenir ingénieurs et non ouvriers. Pour fabriquer les machines qui remplaceront les derniers ouvriers de la planète (après ben.. on verra bien..).

    Comme son prédécesseur en son temps, le monarque en chef l’a reconnu il existe des dizaines de millions milliers d’emplois non pourvus car les chômeurs sont trop inqualifiés, pointilleux, paresseux, bref .. mal formés..
    Bon, pour l’instant ils n’ont pas encore mis au point la bonne recette pour transformer tout le monde en ingénieurs, mais il faut qu’ils la trouvent vite, sinon les ouvriers risquent de faire un truc idiot.
    Ils risquent d’être contraints de se délocaliser à leur tour, pour retrouver leurs usines, mais en payant de leur pouvoir d’achat leur attestation de « compétitivité »…

    Répondre

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