Babordages

Pendant qu'ils ne cherchaient pas d'alternative, nous pensions à un #PlanB.

Helicopter Janet, par Thierry Beysson

Billet invité

SOLDATS ET PALOTINS : Vive le Père Ubu, notre grand Financier ! Ting, ting, ting ; ting, ting, ting ; ting, ting, tating !
–Alfred Jarry, Ubu roi

Le 31 janvier prochain, Janet Yellen prendra la tête de la Réserve fédérale américaine, la Fed de son petit nom, l’équivalent yankee de notre Banque centrale européenne. Au départ, comme tout le monde, j’ai pensé que c’était plutôt une bonne nouvelle. On évitait de confier la politique monétaire des États-Unis à son principal rival, l’inénarrable Larry Summers, au parcours édifiant : conseiller de Reagan au début des années quatre-vingt, puis du démocrate Dukakis pendant la campagne présidentielle de 1988, chef économiste de la Banque mondiale de 1991 à 1993, nommé au département du Trésor sous Clinton, secrétaire au Trésor de 1999 à 2001. Il est ensuite nommé à la tête de l’université d’Harvard. En 2009, il rejoint l’équipe d’Obama et devient chef du Conseil économique national.

Ses relations avec la banque d’affaires Goldman Sachs, un peu trop voyantes, l’auront sans doute empêché de succéder à Ben Bernanke à la tête de la Fed. En effet, ce brave Larry aura fait toute sa carrière sous la houlette de son mentor Robert Rubin, ancien secrétaire au Trésor et ancien PDG de Goldman Sachs.  Dans un article remarquable, intitulé Larry Summers : Goldman Sacked, le journaliste Greg Palast indique que Summers a été généreusement rétribué pour ses bons offices par Citigroup, Goldman et d’autres entités financières. Fervent artisan de la dérégulation au cours de ses années de carrière, de mauvais esprits le tiennent pour un des principaux responsables de la débandade générale qui commença avec la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers en 2008 et dont on ne voit toujours pas la fin.

Avec lui, c’est sûr, la ligne Ben Bernanke qui consiste à larguer de l’argent par hélicoptère (formule empruntée à Milton Friedman et qui lui vaut son surnom de « Helicopter Ben ») avait de beaux jours devant elle.

Las, Barack Obama lui a donc préféré la très sage et discrète Janet Yellen. Objectif affiché : stopper progressivement la politique de Quantitative Easing menée par la Fed. Cette politique, dite « non conventionnelle », consiste pour la Réserve fédérale à acheter massivement des actifs boursiers (dans le cas des États-Unis, des obligations hypothécaires) auprès des institutions financières. L’idée est d’injecter de l’argent massivement dans le système bancaire afin d’éviter un risque d’assèchement du crédit bancaire et inter-bancaire.

Il y a quelques jours, le Wall Street Journal publiait sur son site Internet les confessions d’Andrew Huszar (tribune traduite en français sur le site d’Olivier Berruyer, les-crises.fr), l’homme chargé entre 2009 et 2010 de gérer le programme de rachat d’obligations douteuses de la Fed, à hauteur de 1250 milliards de dollars pour cette période. Selon lui, l’impact sur l’économie réelle de ces opérations est sinon nul, du moins négligeable. Pour Huszar, il s’agit du « plus grand renflouement de Wall Street de tous les temps« .

Il est difficile de lui donner tort. Le programme de QE injecte aujourd’hui chaque mois 85 milliards de dollars dans l’économie, au total la Fed a largué de son hélicoptère près de 4000 milliards de dollars dans l’économie. Or, l’économie américaine ne montre que peu de signes d’amélioration. Si le chômage baisse (légèrement), c’est en partie dû au phénomène des discouraged workers (dont j’ai déjà parlé ici). Pour ceux qui ont un emploi, la situation n’est guère plus enviable. Le salaire médian a baissé de 2,8% entre 2009 et 2012. Le salaire a baissé de 4,1% en moyenne pour ceux gagnant entre 10,61$ et 14,21$ de l’heure pour la même période 2009-2012 (chiffres tirés d’un article du Guardian : 10 reasons the US economy is stuck).

En revanche, à Wall Street, on a le sourire, et l’on bat record sur record. L’afflux d’argent en provenance de la Fed n’est pas perdu pour tout le monde et les investisseurs « investissent » [ndla : entendez « spéculent »] à tout-va. Si la valse des milliards ne vous donne pas trop le vertige, jetez un œil au classement établi quotidiennement par Bloomberg des plus grosses fortunes mondiales, le Bloomberg Billionaires Index, et regardez l’évolution des principales fortunes mondiales depuis le début de l’année, vous aurez une indication des bénéficiaires réels du programme de QE…

On est à l’évidence en présence d’une bulle financière, et d’une ampleur inédite. C’est là qu’intervient la colombe, Janet Yellen, Dr. Janet Yellen, en charge de remettre de l’ordre dans le casino. Sauf que… patatras ! Auditionnée le 14 novembre par le Sénat américain, Janet estime qu’il n’y a pas de problème de bulle. Mieux, pour elle, le programme du QE apporte « une contribution notable à la croissance économique« . Pas question de revenir sur les 85 milliards de dollars injectés chaque mois dans l’économie. On continue, jusqu’à une date indéfinie. Advienne que pourra.

Le soir même, la Bourse de Paris clôturait en hausse de 1,04%, Francfort gagnait 1,05%, Londres 0,54%. A Wall Street, l’indice Dow Jones battait son record de la vieille, tout comme le S&P 500.

Il va encore pleuvoir des dollars, Helicopter Janet va bientôt décoller.

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