Babordages

Pendant qu'ils ne cherchaient pas d'alternative, nous pensions à un #PlanB.

Dis Tonton, pourquoi tu votes ?

vote

Tu te souviens de 2002, le 21 avril, tu es allé voter.

Tu savais que l’ambiance n’était pas folichonne, que Jean-Marie avait le vent en poupe, on te suggérait de ne pas jouer avec le feu, tu as toi-même tenu ce genre de discours à tes proches.

Tu n’avais certes jamais été un grand fan du Parti Socialiste et tu as copieusement maudit ce gouvernement pluriel détenteur d’un record de privatisations.

Mais les 35 heures. Mais le danger du Front.

Tu as pesé le pour et le contre et tu as voté.

Utile.

Tu pourrais presque t’en vanter aujourd’hui, vous n’étiez pas si nombreux.

Le soir même, tu as bien mangé, des pommes et ton chapeau, et c’est en pleurant que, tu as voté Chirac.

 
Trois ans plus tard, référendum, le traité de Lisbonne.

L’occasion de graver dans le marbre de la constitution la ligne économique néolibérale, la primauté de la concurrence libre et non faussée (rires dans la salle), la poursuite du démantèlement minutieux des services publics.

Le citoyen disparaît, le consommateur gagne.

Tu n’y croyais guère au regard de la petite musique ambiante, les deux grands partis de gouvernement, presse à l’appui, faisant activement campagne pour le « oui ».

De toute façon, si tu es contre, tu n’es qu’un affreux nationaliste.

L’Europe de la Paix, tu peux pas lutter.

Et pourtant, tu as gagné. Tu n’en revenais pas toi-même.

À peine trois ans après, on t’explique que, ne pouvant dissoudre ce peuple qui avait mal voté, le Parlement ratifiera le texte. Une bien belle leçon de démocratie représentative.

Ce soir-là, tu t’étais juré que, plus jamais, tu ne jouerais leur jeu, qu’ils pouvaient bien aller s’étouffer dans leurs isoloirs. Tu te mentais, tu le savais peut-être déjà, un peu.

 
2012 est arrivé après dix ans d’une UMP décomplexée, c’était peut-être enfin ton heure. Mélenchon faisait une belle campagne, les gens espéraient une alternance. Le poids d’un beau score au premier tour permettrait, tu l’espérais, d’envisager un semblant d’alternative. Tu ne te faisais pas non plus trop d’illusions, pour le socialisme total, tu serais patient.

Tu connais le fonctionnement du Parti Socialiste et tu ne te faisais guère plus d’illusions sur François Hollande. Somme toute, la promesse d’une grande réforme fiscale, de la séparation des banques, de moyens alloués à l’éducation, la guerre à la finance… ça ne te laissait pas tout à fait indifférent. Tu te disais que ça pouvait être un début de quelque chose.

Et puis, rien. Mieux que rien, pire.

Tu es naïf parfois.

 
Aujourd’hui, on te rappelle aux urnes.

Et tu vas y aller.

Parce que tu veux y croire encore un peu.

Parce que… tu ne sais plus trop…

Mais faire la morale à tes camarades qui ont renoncé…

Sérieusement ?

Un jour, qui sait, quand le PS aura cassé sa pipe, avec eux, tu danseras sur sa tombe.

 
Bonus musical

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fabu_land

À propos de fabu_land

Rouge et Vert, décoiffé et mal rasé. Daltonien aussi, un peu. Éleveur de Macaque en milieu tempéré. Ne crois ni en Dieu, ni en la Croissance. Ne suis qu'amour, mais faut pas m'emmerder !

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5 avis sur “Dis Tonton, pourquoi tu votes ?

  1. Un partageux

    Je l’aime bien ton billet. On n’a pas voté toujours pareil. En 2002 j’ai jamais voté et en 2012 j’ai voté Mélenchon puis contre Sarkozy au deuxième tour. Mais je l’aime bien ton billet.

    J’habite une région dont les sondologues disent qu’elle élira le PS au deuxième tour. Mon doigt mouillé, outil prédictif pas plus médiocre, me dit que c’est pas gagné…

    Répondre
  2. canalguada

    Le chemin de crête est si étroit qu’il me semble ne figurer qu’en filigrane dans ton billet…

    L’objectif du vote est d’exprimer sa conviction personnelle pour éventuellement la porter au pouvoir. Et dans une élection à deux tours, ne pas se laisser « impuissantiser » et résister à un rapport de force qu’il sera impossible de changer seul, fût-il avec la meilleure des volontés, est à la portée de chacun.

    Bref. Pourquoi voter ? Pour soutenir camarades puisque, ainsi désignés, le leur refuser n’aurait plus aucun sens.

    Mais pas nécessairement au point de s’engager dans la voie dont chacun aperçoit désormais (le contraire serait désespérant) l’absence d’issue mais que certains pensent, peut-être, eux, encore… être contraints d’emprunter en y entraînant, rarement de gré, tous les autres… ou pas.

    Déplaisant et démoralisant combat au sein d’une famille qu’il ne serait plus ainsi possible de choisir jusqu’en politique (enfin si chacun devait céder à ce qui s’organise, mal, tel un chantage aux voix, des deux côtés) mais peu d’autres étapes avant rejet définitif du peu dans nos institutions qui a encore l’apparence de la démocratie.

    Comme se l’autorisent quelques élus qu’il faut même convaincre pour qu’ils réalisent que libertés publiques (ici) ou souveraineté populaire (ailleurs mais pas que) ne se bradent pas, voterai donc a priori « en conscience » pour une famille politique défendant en actes convictions partagées mais… sans confirmer d’un second bulletin les mêmes calculs très politiciens qui auront déjà trop souvent piétiné le sens du vote en 2012.

    Sans regret. Car ma responsabilité se limite aux conséquences que génère un seul bulletin. Contrairement à qui affirme représenter le grand nombre.

    (En espérant n’avoir été ni trop long, ni perçu trop moralisateur…)

    Répondre
  3. Logali

    Je voterai. Par respect pour la démocratie et les luttent que nos aînés ont menées pour la conquérir. Pour le reste ne me demandez pas de choisir entre la peste et le choléra. Blanc.

    Répondre

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