Babordages

Pendant qu'ils ne cherchaient pas d'alternative, nous pensions à un #PlanB.

Dictature, acte 1

Publié le par dans avec 5 avis

Quand je serai élu dictateur, la première mesure que j’adopterai, dès mon entrée en fonction, sera l’interdiction de la publicité, sous toutes ses formes.

Dès le premier jour, j’installerai AdBlock uBlock sur tous les routeurs de France et de Navarre. Censure ? Je n’en ai cure ! Vive la dictature !

Tu vas me dire qu’il y a plus urgent.

Je te réponds que c’est moi le dictateur, pas toi.

Il n’y a RIEN de plus urgent. Tu interdis la pub, tu dynamites le système à sa base.

Soudain, impossible de vendre des trucs parfaitement inutiles et totalement nuisibles en créant des besoins de toutes pièces, à coups de titillation des plus sombres pulsions humaines de base, avec tous les effets secondaires nocifs sur les êtres et l’environnement qui vont avec, comme la dévastation de la nature pour créer des écorche-poulet en plastique, tu vois le topo.

Tu vas me dire que la pub finance plein de trucs qui seraient payants sinon, y compris des trucs utiles.

Hahahahahah, excuse-moi pour cette interruption de billet, mais impossible d’écrire avec le fou rire.

Mais parce que tu crois que c’est gratuit la pub ? Quand Microsoft débourse un milliard de dollars — UN MILLIARD — pour promouvoir Windows Vista, tu crois que cette somme colossale n’est pas intégrée dans le prix du produit ? (Et si tu as un jour utilisé Windows Vista, tu sais que ce milliard n’aurait pas été de trop pour la rendre fonctionnelle, cette grosse bouse logicielle).

Ou quand Facebook ou Google engrangent des milliards en te proposant des services gratuits, parfois même utiles (dans le cas de Google), tu ne te demandes pas comment ils font ? Où est l’entourloupe ? C’est pourtant simple : quand c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit, et tu es vendu en tant que tel à des marketeurs qui sont prêts à payer bonbon pour mieux te connaître pour mieux te cibler avec leurs pubs (et tes infos sont accessoirement refilées à la NSA qui va affiner ses algorithmes pour mieux te pister mon petit djihadiste en puissance, mais ce n’est pas le propos, arrête de me déconcentrer).

Parce que tu n’es peut-être pas au courant, mais ça fait un bail que tu n’es plus un citoyen. Tu n’es plus qu’un consommateur, une cible marketing, ni plus, ni moins, y compris pour les purs produits marketing que tu as élus avant de te ressaisir et de m’élire dictateur, dans un salutaire éclair de lucidité.

Oui, la pub, cette pollution mentale et auditive et visuelle, fruit toxique du mal incarné qu’est le marketing, redoutable vecteur de toutes les infections dont souffre notre société, a un coût, et c’est toujours toi qui paies l’addition, directement ou indirectement, d’une manière ou d’une autre.

Toujours.

Exit la pub, et tu paieras peut-être certains biens ou services plus cher, mais pas forcément, puisque le prix de revient sera délesté des coûts marketing (au fait, même le mot « marketing » sera désormais illégal, je te préviens), et puis surtout, tu n’achèteras plus des tas de trucs inutiles que la pub t’aurait incitée à acheter. Bref, pas sûr du tout que tu y perdes au change.

Du tout.

En outre, je précise tout de suite que sous ma dictature, les services publics, éducation, santé, transports, etc. seront gratuits et ne seront soumis à aucun critère de rentabilité économique, faut pas déconner. Et si tu me demandes comment je les finance, je te réponds tout de suite : ta gueule, je n’ai pas besoin de me justifier, je fais ce que je veux, j’ai été élu dictateur je te rappelle. Mais comme je suis un dictateur magnanime, je te réponds quand-même que ça se finance tout seul puisque des gens éduqués et en bonne santé dans un monde dépollué, ça n’a pas de prix, ou si tu préfères, c’est plus que rentable à long terme si tu tiens absolument à parler rentabilité, auquel cas un petit séjour en camp de rééducation s’impose, parce que j’ai oublié de te dire que le mot « rentabilité » est également banni de la sphère publique.

Amen.

Tu vas me dire que kamème, la pub, c’est vachement créatif, et que sans elle, on passerait à côté de trucs vachement sympa, dont on ne connaîtrait même pas l’existence.

Et je te réponds : boulechite.

D’abord, toute cette créativité siphonnée et dévoyée pour vendre de la merde, c’est un crime contre la créativité qui est pourtant un des rares titres de noblesse de notre espèce.

Ensuite, effectivement, sans pub, tu passeras à côté de plein de trucs inutiles et nuisibles, je l’ai déjà dit, ouin, mais le bouche à oreille suffit amplement — et attention hein, je te vois venir : le marketing viral serait la forme publicitaire la plus sévèrement punie. #Goulag direct !

Le bouche à oreille favorise fatalement le local, ce qui est déjà énorme. Mais pas que. Prends la cigarette électronique. Sans la moindre pub dans les grands médias, c’est une industrie florissante, un marché énorme, avec des millions d’adeptes, avec ses marques phares, etc. Bon, c’est inutile, voire nuisible, mais ça permet de se sevrer de la dépendance envers les géants du tabac, donc ce sera toléré par ma dictature bienveillante, et puis ce n’est qu’un exemple pour étayer ma sentence de boulechite.

Bref, sans pub, pas de société de consommation, pas de lutte acharnée par tous les acteurs du capitalisme pour s’accaparer ton temps de cerveau disponible pour te vendre des trucs qu’ils ont ravagé la planète pour produire.

Alors certes, pendant un temps, tu te sentiras peut-être vide, perdu, désorienté — ces milliards de neurones soudainement libérés ne sachant pas quoi foutre de leurs synapses, c’est vertigineux — et oui, tu t’apercevras peut-être que ta vie n’a pas de sens, que tu n’aimes pas ton conjoint, ni ton job de merde sans doute inutile et nuisible, bref que tes priorités sont pathétiquement absurdes, et tu combleras peut-être cette béance et tu mobiliseras peut-être ces neurones brinquebalants de manière triviale et stupide et néfaste, par exemple en essayant de destituer le dictateur que tu as malencontreusement élu (trop tard !).

Mais peut-être pas.

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À propos de sknob

Franglophone songwriter, cartoonist, translator, geek, #ronchonchon. VieuxSage, déjà blogueur au XXe siècle, je ne supporte ni l'injustice, ni la mauvaise foi, ni les gens qui réfléchissent avec le cerveau d’autrui, ni les betteraves. En revanche, j'ai un peu le melon depuis que j'ai publié un billet sur le blog de Paul Jorion. Mes camarades m'ont à l'œil.

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5 avis sur “Dictature, acte 1

  1. Le Calvé

    Bien tourné votre article. Sans ironie, je constate aussi que ce qui prédomine dans cette société de consommation est effectivement de faire en sorte, par tous les moyens, que l’individu soit rentable de sa naissance jusqu’après sa mort. La loi du marché autorise le harcèlement publicitaire et fait légaliser le commerce en tout genre. Je peux rajouter que le droit à la dignité dépend du degré de rentabilité et de la coopération à se laisser manipuler (valable pour l’individu et le collectif).

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  2. Allchimik

    C’est vrai, supprimer la pub reviendrait à mettre du sable dans l’engrenage du capitalisme absolu. Par contre, dans « supprimer le marketing et la pub », peut être faudrait il nuancer le propos pour certaines choses :

    . Comment les vraies informations (ex : TAFTA, ACTA, …) parviennent aux gens ? par le biais de coups de pubs des militants, bien trop souvent malheureusement

    . Comment diffuser une info sans la transformer en pub ? Si je dis que la tour Eiffel est plus belle que la tour de Pise, je fais de la pub pour Mr Eiffel ? La curiosité naturelle poussera plus mon interlocuteur à s’intéresser à Eiffel après ça, non ?

    . Si j’informe les gens qu’un moteur zéro pollution (de a à z) vient d’être créé, je me fais de la pub ou pas (étant donné que l’information sera relayée avec moi comme source) ? oui, mais quel est le but visé ? Moral ou immoral ?

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    • sknob Auteur

      Le bouche à oreille, #poinbar. Les écrans de pub, les pages de pub, les 4×3, les néons —> #Goulag. On les remplacera par des œuvres d’art.

      J’ai dit.

      Répondre
  3. Zap Pow

    Ciel ! Je n’aurais pas cru soutenir un jour une dictature ! Espérons que le dictateur ne se fera pas de pub : c’est un travers assez répandu chez cette engeance.

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  4. Pingback : Dictature, acte 2 | Babordages

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